Bienvenue à Québec !
Cette toute première phrase entendue dans la file d’attente de la douane a eu au moins le mérite instantané de poser le contexte de notre mission au Québec pour le compte de l’Observatoire des Gouvernances Interculturelles Aquitaine Québec.
Certes étions-nous réputés partager la même langue mais un de nos interlocuteurs nous expliqua, en digne fils d’un éminent linguiste, que nous, nous parlions « un français orné ». Voilà qui donne à réfléchir alors que nous nous plaignons souvent, en France, de l’appauvrissement de notre langue, de sa réduction à 300 mots usuels ! Tout réside, peut-être, dans l’art d’agencer notre malheureux vocabulaire !
Donc si nous n’avions pas tout à fait la même langue en partage et puisque nous nous retrouvions autour de préoccupations communes, allions-nous travailler de conserve ? L’harmonie règne, les débats sont fructueux, la mission porte de nombreux fruits. Comment pourrait-il en être autrement au pays des « ententes », des « tables de concertation », de l’art du consensus et de la peur de l’affrontement.
Reste la manière ? Gentillesse, écoute, générosité, respect de l’autre et…une façon directe de rentrer dans le vif du sujet. Là où les civilités françaises nous amènent à développer une pratique consommée des formules de politesse, des développements introductifs, des digressions plus ou moins savantes, les rencontres et le travail à la québécoise sont moins « ornés », nous y revoilà. Tout est plus « rentre dedans ». Pragmatisme à l’anglo-saxonne ? Là je ne suis pas sûre de faire plaisir à nos interlocuteurs.
Assurément règne une volonté d’arriver à des solutions concrètes. Le travail démarre, sur « les chapeaux de roues »… à l’aéroport à 22h00. Puisque notre avion c’est posé sans problème, à y bien regarder, effectivement, il n’est pas nécessaire de s’encombrer de remarques sur la qualité de notre voyage ou sur notre état fatigue. CQFD. Voila, deux petits exemples pour illustrer la fragilité de l'idée qui voudrait que tout soit évident entre nos « cousins » québécois et nous, les « maudits français ».
Mais dans l’autre sens les surprises furent toutes aussi nombreuses. « Comment vous n’avez pas de statistiques ethniques mais comment poser sérieusement la question des immigrations sur votre sol ? ». Bonne remarque! « Pourquoi la France a-t-elle connu ces émeutes dans les banlieues ? ». Précisément, ce fut pour nous, une surprise de constater que ces épisodes furent et demeurent aussi traumatisants pour nos interlocuteurs que le 11 septembre 2001 auquel ils furent comparés! La France…le pays des ancêtres…Ce pays où certains jeunes rêvent d’aller faire un stage ou passer des vacances…La France fonctionne-t-elle réellement si différemment ? Les grèves ? Les stages non rémunérés ? Le financement des études ? La garde des jeunes enfants ? Si intellectuellement chacun dans son environnement professionnel connaît, peu ou prou, les pratiques françaises, quand deux français vous expliquent en retour le contexte, les perceptions vacillent.
Jeune du Cegep Sainte Foy: « vos orchestres jouent-ils des compositeurs français contemporains parce qu’ici, vous savez, il faut se battre pour interpréter ce type de musique, »… « C’est la même chose en France ! » « Ah !» Surprise un rien dépitée ! Et oui, au pays réputé pour sa culture, les références anciennes tiennent encore le haut du pavé symphonique! « Vous êtes venues au Québec, mais vous pensez vraiment que nous avons quelque chose à vous montrer ?»… « Ah, bon ça ce ferait-y, que notre petit pays apporte des choses à votre Observatoire! ». Apprentissage sans cesse renouvelé des relations interculturelles…
Par contre nous dégustons encore à l’envie cette définition délicieuse de l’écureuil qui n’est autre qu’ « un rat en habit de gala » ! N’en concluez-pas que nous ayons mangé de l’écureuil mais bien plutôt que nous nous sommes émerveillés à haute voix des facéties de ce petit animal devant notre anthropologue préféré qui eut tôt fait de remettre les pendules à l'heure!
Reste que « matcher toute sa ligne » demeure un mystère pour nous! Si quelqu’un peut lever le voile…